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Mademoiselle Brixton... Mademoiselle Brixton ! De la visite pour vous.Monica somnolait dans un coin de la salle d'interrogatoire. Elle avait d'abord été placée en garde à vue, en attendant que les policiers forcent Madame Rollins à retirer sa plainte, selon la loi française. Là, une femme qui empestait l'alcool à dix mètres s'était approchée d'elle, en voulant à son portable, et donc à la musique qui apaisait tant la jeune fille. Immédiatement, la brunette avait serré les poings, et surprenant l'alcoolique, s'était jeté sur elle. Quelque chose avait craqué. La femme fut conduite à l'infirmerie, et Monica dans la salle d'interrogatoire, où elle fut menottée, soit disant pour sa propre sécurité.
Elle envoya un regard noir au pauvre petit stagiaire qui lui avait annoncé cette visite, la sortant de sa transe, apparemment très mal à l'aise, et attendit la fin de la chanson avant de daigner jeter un ½il à son visiteur. Elle savait que ce n'était pas son frère. Elle l'avait appelé une heure plus tôt, et même avec toute la bonne volonté du monde, il ne pouvait pas se dépêtrer du bordel des Champs Elysées et de sa bande de toutous en « si peu de temps ». Mais elle fut surprise par la personne qui se dirigea vers la chaise face à elle. Ses yeux noirs le fixèrent un instant, ayant quelque peu raison de son assurance, mais il ne cilla pas, et laissa son regard océan ancré dans le sien. Peu de gens soutenaient ce regard, ce qui poussa la jeune fille à accorder une certaine importance à l'homme qui lui faisait face.
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Qu'est-ce que tu fais là ?-
Je... J'voudrais comprendre.-
Comprendre quoi ?-
Tout à l'heure. Vous... Tu... étais en rage contre cette pauvre femme et d'un coup...-
Ce n'est pas une pauvre femme, lança Monica froidement.
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T'as failli me castrer et ensuite tu souris ! lâcha-t-il.
Monica ouvrit plus grand les yeux, surprise, et éclata de rire. Ce qui eut pour effet de renfrogner un peu plus le brun.
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Tu vois, ça aussi j'voudrais comprendre.-
J'te connais même pas, lança Monica, sur un ton d'excuse.
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Qu'est-ce que tu veux savoir ? répondit-il, au tac au tac, apparemment amusé par sa question.
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D'où tu viens ? T'as pas un accent français, alors d'où tu viens ?L'espace d'un instant, il eut lui aussi l'air surpris.
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Tu m'connais pas ?-
Toi non plus apparemment.-
T'es célèbre ? demanda-t-il, éberlué.
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Si on veut... Alors, d'où tu viens ?-
Je... Chelmsford, en Angleterre.-
C'est pas loin de Londres ça, non ?-
Pas trop non... Tu connais ?-
Non. Enfin, j'ai du y passer un jour, mais de là à dire que j'connais...-
Autre chose ?-
Ouais. T'es musicien ?-
Mais... comment tu l'sais ?!-
J'le sais pas, c'est pour ça que j'te pose la question.-
Eh ben... oui. J'suis batteur.-
Et t'es bon ?-
J'espère bien ! scanda-t-il, un grand sourire fendant son visage.
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T'es majeur ?-
Dans tous les pays.-
Y'a moyen qu'tu m'fasses sortir d'ici ? Mon frère va se pointer demain matin au mieux, le temps de se débarrasser de son milliard de groupies... C'est limite un groupe de rock à lui tout seul !Pour la première fois depuis longtemps, un sourire franc s'afficha sur son visage. Le batteur la dévisagea un instant, légèrement fasciné, puis se reprit. Il se leva, et lui tendit la main pour l'inviter à la suivre. D'abord méfiante, elle le fixa un long moment, mais il ne cilla pas, comme la première fois. Peu de gens affrontaient le regard de jais de la jeune fille. Elle décida donc de le suivre, et attrapa la main du batteur. Les légères cales qu'elle sentit en saisissant la grande main confirmèrent la maîtrise des baguettes.
A peine sortis, elle remit ses écouteurs en place, un peu perdue, et se laissa guider par le grand brun. Ça faisait bien longtemps qu'elle n'avait pas vu de nouvelle tête. Jolie d'ailleurs. Mais elle vivait dans un monde tellement à part, et en même temps si proche... Profitant d'un interlude entre deux chansons, Monica envoya un sms à son frère, lui disant que finalement elle avait fait un scandale et était sortie. Jamais elle n'avait menti à son jumeau, mais là, ça s'était imposé naturellement.
Ça faisait longtemps que Monica n'avait pas fait le chemin autrement que seule. Elle était toujours seule. Aussi ne pensa-t-elle-même pas à faire la conversation, elle gardait la tête en l'air, fixée vers la pleine lune parfaite, évitant on ne sait comment tous les obstacles des rues de Paris, trouvant toujours son chemin, le nez en l'air. Le batteur la suivait, se demandant si elle se rappelait même de sa présence, et en profitant pour analyser la jeune fille.
Dans ses cheveux d'un noir de jais, il distinguait facilement du bleu et du vert, qui contrastaient joliment avec la crinière ébène. Son visage était assez enfantin. En effet, pour lui qui ne fréquentait quasiment plus que des filles provocantes et hystériques, le visage de cette jeune fille était étrangement... simple, naturel. En réalité, il était simplement dénué de tout maquillage, faisant ressortir naturellement ses yeux, aussi noirs que ses cils ou ses cheveux, et ce malgré son teint bronzé. Ses lèvres murmuraient les paroles de chaque chanson. Elle semblait toutes les connaitre sur le bout des doigts. Ses doigts d'ailleurs. Les pouces dans les poches, elle battait le rythme parfaitement régulièrement. Le batteur n'entendait pas les chansons, mais il était persuadé qu'autant d'assurance dans ces battements et ces murmures impliquaient une connaissance parfaite de chaque morceau. Parfois ses bagues s'entrechoquaient, produisant un bruit étrangement agréable.
Il ne parvenait pas à la cerner. Comme ça, dans la rue, elle paraissait être une adolescente encore au bord de l'enfance, et pourtant, le souvenir de ce regard rempli de rage et de colère lui prouvait le contraire...
Soudain, elle l'entraina dans une rue plus étroite, sans quitter la Lune des yeux. Au moins, elle ne l'avait pas oublié. La rue était remplie par les encombrants posés un peu partout. Le lendemain, tôt dans la matinée, des éboueurs passeraient, sans déranger les riches habitants, et embarqueraient le tout. Le batteur trébucha sur un objet. Une petite table de nuit du style Louis XVI, enveloppé dans du plastique bulle, et qui semblait presque neuve. Tout de suite, la vue des bulles lui inspira une chanson, et outre passant ses fonctions de batteur, il se mit à chantonner. Il savait où il était, là où il avait croisé le regard noir quelques heures auparavant, et cela lui procurait une certaine assurance.
Aux premières notes qu'elle entendit sortir de la cage thoracique du garçon, Monica se retourna et le fixa intensément.
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C'est quoi ?-
Hein ? articula-t-il, surpris qu'elle s'adresse enfin à lui.
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La chanson. J'la connais pas.-
Oh... Euh... Bubble wrap. De McFly. Tu connais ? -
Non. Enfin, j'connais Marty McFly, de Retour vers le Futur. J'adore ce film.-
Moi aussi... murmura-t-il, mi amusé mi déçu qu'elle soit si proche du but, sans même s'en douter...
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Faudra qu'tu m'fasses écouter !-
Ben dès qu't'as cinq minutes, plaisanta-t-il.
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J'mets 20 ans à monter les sept étages, j'ai cinq minutes ! Tu m'accompagnes ?Ce fut cette fois au tour du batteur de fixer la jeune fille. Quel imbécile il était ! Bien entendu, lui pensait à lui faire écouter en live, il voulait lui montrer son talent. Non. Elle avait pensé iPod. Comme n'importe qui d'autre qui ne le connaitrait pas. Mais la jeune fille avait l'air tellement enthousiaste qu'il oublia vite cette idée. Une autre germa même dans son esprit. Ça faisait longtemps qu'il n'avait pas rencontré quelqu'un qui ne le connaisse pas. Et il appréciait cette simplicité. Une simplicité qui impliquerait peut être une amitié sans strass et paillettes.
Le batteur lui tendit donc la petite machine, et se laissa entrainer par la main dans les escaliers de l'immeuble bourgeois. Il montait avec une fille dont il ne connaissait même pas le nom, en pleine nuit... et sans aucune arrière-pensée. Une première.
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C'est... wouah...-
Ça veut tout dire...-
Hum... Dis... Si j'te dis mon nom, promets moi de pas chercher, tu sais, internet et tout...-
Si tu promets aussi. On s'ra quittes comme ça.-
Ok. Monica Brixton, annonça-t-elle en tendant la main.
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Harry Judd, répondit-il avec un sourire, serrant cette menotte offerte.
Chose promise chose due !
Mais musique quand même !
Here !